NALL – VIOLATA PAX

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NALL, Série Violata Pax
Exposition Chapelle Saint Elme
Et sur les remparts de la citadelle
Villefranche sur mer
Du 10 juin au 28 septembre 2008.

A l’occasion de l’exposition dans notre ville de Villefranche sur mer d’une cinquantaine des œuvres de Nall constituant le projet grandiose autour de l’œuvre maîtresse Violata Pax, je vous propose de découvrir un peu plus l’œuvre de cet artiste surprenant dont les travaux sont fréquemment exposés dans de nombreuses villes du littoral méditerranéen.

Un artiste cosmopolite
Entré dans la prestigieuse école des Beaux-Arts à Paris avec la note maximum, cet originaire de l’Alabama ne tarde pas à devenir le disciple de Dali. Si Paris était alors sa maîtresse, comme il se plaît à le dire, il la quitte en 1979 pour succomber aux paysages méditerranéens et à la lumière exceptionnelle de Nice. La Côte d’Azur devient alors le pied-à-terre de l’artiste qui continuera à sillonner le monde. En 1989, il achète l’atelier de Jean Dubuffet à Vence, puis la fondation Karoly –rebaptisée « N.A.L.L. Art Association »- où il dispense des cours et abrite des artistes américains.

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Une œuvre engagée pour la Paix
C’est pour honorer une commande du Couvent de Saint François d’Assise que Nall se lance dans le projet magistral de Violata Pax, autrement dit « la Paix violée ». Mélange de sculptures monumentales –Qui peut prétendre ne pas avoir remarqué la colombe géante qui trône sur les Jardins de l’Octroi ?- et de peintures, l’œuvre se donne le dessein ambitieux de retracer le « Chemin de Croix de l’Humanité », c’est-à-dire tous les drames et les difficultés que les hommes doivent affronter. En atteste le titre même des compositions : Guerre, Pouvoir, Corruption, Esclavage, Torture, Racisme, Préjugés, Décadence, Abus d’alcool, Pollution atmosphérique, etc… Véritable miroir d’une réalité, Nall nous permet d’appréhender ce que notre regard ne voit pas ou ne voit plus. Se laissant porter par le style allégorique à la manière des grands maîtres flamands des XVIe et XVIIe siècles, Nall use et abuse de la mise en scène, le reconnaissant lui-même lorsqu’il déclare : « tout ce que je perçois, je le mets d’abord en scène, au sens le plus théâtral du terme ». Dans ce théâtre de matières et de couleurs, où le thème de la mort est omniprésent, l’horreur cohabite avec le sublime et tout signifie une chose et son contraire.

Visionnaire de génie
Le New-York Times n’hésite pas à présenter Nall comme « l’un des artistes les plus prometteurs de la nouvelle génération ». Propos qui trouvent un écho dans la déclaration de Michel Desforges pour le Figaro Magasine, selon lequel : « Le regard de Nall comme celui de Picasso vous transperce […], il saisit votre élan de vie dans une sorte d’éternité. Il accompagne votre portrait d’un collier de symboles […] secrets, désirs, secrètes pensées, tout apparaît ».

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Interview de l’artiste

S.B. : La série de tableaux autour de l’œuvre Violata Pax vous a été demandée par le Couvent de Saint François d’Assise en Italie. Qu’est-ce qui vous a fait accepter un projet d’une telle envergure?
Nall : J’ai accepté ce projet car je respecte le Couvent de Saint François d’Assise et que mes œuvres d’art sont très spirituelles, comme a su le voir le Père Coli, qui est le responsable des moines franciscains, et qui a décidé de faire appel à moi. Il compare d’ailleurs mes œuvres à l’Enfer de Dante car mes œuvres traitent de sujets qui peuvent porter à controverse. Les Français évitent d’évoquer certaines choses telles que les attentats-suicides, le génocide juif, etc, par peur ou seulement pour ne pas blesser la mémoire collective. Pourtant de tels drames existent ; il ne faut pas les éluder. Aussi quand je décide de représenter ces drames dans mes œuvres, il ne faut pas y voir du morbide, mais la peinture de l’Histoire de l’Humanité.

Peindre le « Chemin de Croix de l’Humanité » est le maître mot de votre série exposée dans les murs de Villefranche-sur-Mer. Aussi, dans une œuvre si engagée, est-ce que la recherche du Beau a été une priorité ?
Plus que le Beau, c’est l’Harmonie que je recherche dans chacune de mes œuvres. De chacune d’elles, c’est l’énergie de l’artiste qui émane, qu’elle soit positive ou négative. Si l’on observe mes œuvres antérieures et mes œuvres récentes, l’on s’apercevra que les premières sont beaucoup plus sombres, traduisant une période troublée de mon existence, alors que les dernières sont emplies d’une énergie positive.

Ces énergies contraires auxquelles vous faites allusion semblent toutes deux transparaître dans la série autour de Violata Pax…
Effectivement, car la série est composée d’œuvres récentes ainsi que d’œuvres antérieures qui ont été reformatées dans le cadre de la commande du couvent autour de la pièce maîtresse, intitulée Violata Pax, qui est actuellement exposée dans les Jardins François Binon.

Cette œuvre, Violata Pax, met en scène une colombe, allégorie de la Paix. Elle semble bien traduire le message en faveur de la paix de votre œuvre…
Oui, il est fréquent d’attribuer une forte connotation à l’image de la colombe. La colombe est le symbole de l’Esprit Saint et de la Paix pour l’Eglise catholique, mais elle est également perçue comme un signe de Paix par l’ensemble des religions. Chacun de nous se souvient des colombes tenant un rameau d’olivier de Picasso. Moi, j’ai repris l’image de la colombe, blessée, pour montrer que la guerre n’épargne aucune partie du monde. Il ne s’agit pas seulement de guerre entre deux religions ou deux forces. Nous sommes tous dans un état de paix blessée, notamment à cause des médias, d’internet, de la pornographie, etc, qui font qu’il y a trop d’énergie négative qui se promène.

L’image de la Paix se retrouve aussi en haut de chacun des tableaux composant cette série, soit sous la forme d’une colombe, soit sous les traits d’un saint, semble-t-il. Pourquoi avoir choisi ces deux symboles comme trame de l’œuvre ?
La colombe, qui renvoie à l’œuvre Violata Pax, comme l’image de Saint François d’Assise, sont de forts symboles de la Paix blessée. Le Père Coli souhaitait que je ne fasse pas figurer le Christ, mais plutôt les traits d’un autre homme qui avait milité en faveur de la paix. J’ai choisi Saint François d’Assise car c’était le patron du couvent mais bien plus encore à cause de son parcours semé d’embûches. Ce n’est qu’après avoir mené une vie très décadente que Saint François commence à se questionner et à regretter ses actes, pour finir par tendre à une vie spirituelle.

Un détail m’intrigue cependant: les expressions de Saint François divergent parfois d’une représentation à l’autre. Quelle en est la raison ?
Pour peindre le visage du saint j’ai fait appel à non pas un mais trois modèles que j’ai tonsurés. A travers ces trois traits différents ce sont les trois étapes majeures de la vie du saint que j’ai voulu représenter.

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Œuvre en faveur d’une paix trop souvent blessée, se faisant le réquisitoire véhément de toutes les formes de violence, la série autour de l’œuvre Violata Pax mérite d’être vue, de par la splendeur des compositions artistiques et la majesté du propos.

Illustrations : Tableaux composant la série Violata Pax : La Paix blessée, La Famine, La Guerre, Les Dépendances, L’Esclavage, détails représentant Saint François.
Site de l’artiste : www.nallart.com

Stéphanie BELLION

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